Amiante non traité : 3 280 000 tonnes
Déchets amiantés non traités : 52 500 000 tonnes
Déchets amiantés 96,5 % des déchets amiantés n’ont pas été traités.
Amiante 91,75 % de l’amiante n’a pas été traité.
Commentaires :
1) En fonction des moyens actuellement engagés,
il faudrait 120 ans avant d’éradiquer la présence de l’amiante dans le bâti.
2) En raison de la crise et donc de l’ajournement des travaux,
cette durée est porté à deux Siècles.
La situation de l'amiante en France (par François de la Chevalerie)
(paru dans le Moniteur Expert, avril 2008)
Résumé
Aujourd'hui, seulement 3,5 % des bâtiments abritant de l'amiante ont été traités en France. Quelles sont les raisons de cette étonnante situation alors que le danger est connu ?
Article
Compte tenu des moyens actuels, il faudrait deux siècles avant de débarrasser la France d'un matériau dont la nocivité a été reconnue en 1997. Selon une étude réalisée à Bruxelles, un adulte européen sur sept présenterait des signes pulmonaires d’exposition à l’amiante. En France, 10 000 cas ont déjà été diagnostiqués, 100 000 morts pronostiqués d'ici 2025 ! Malgré l’urgence, pourquoi l’éradication de l’amiante n’est-elle pas entreprise de manière systématique ? Souvent méconnue, la raison de cette situation tient au coût exorbitant de son enlèvement. En moyenne, 1350 euros la tonne extraite. A cela, s'ajoutent des charges : immobilisation du bâtiment pendant la durée des travaux, transfert du personnel vers un autre site, réorganisation de la logistique, etc. Outre une facture lourde, d’autres raisons contribuent à la lenteur des opérations de désamiantage.
Dans le secteur privé, chaque entreprise se détermine au regard de ses coûts généraux. Faute de trésorerie, beaucoup s'en exonèrent. Si elles y répondent, la plupart échelonnent les travaux sur plusieurs années. Si certaines sociétés administrent leur patrimoine, d'autres en externalisent la gestion auprès de sociétés de conseil. Inévitablement, ces dernières hésiteront à suggérer à leur client ce surcoût si, comme c’est souvent le cas, elles leur garantissent des charges d’exploitation à taux faible. Autre difficulté, la multiplication de propriétaires sur un même site conduit à une quasi impossibilité de faire. Comment créer un « besoin commun » parmi la centaine de propriétaires de la Tour Montparnasse alors que chacun prétexte d'une situation particulière. Comment faire valoir à une société du golfe arabique qu'elle devra provisionner une somme importante alors que dans son pays nulle loi ne l’y oblige ? De telle sorte que le désamiantage de la Tour, aujourd’hui en cours, n’est pas simple. A ces éléments, s'ajoute la perspective de repli du marché immobilier. A chaque exercice, les actifs sont réactualisés. En cas de baisse, il faudra envisager une dépréciation d'actifs, laquelle grèvera les comptes. Les gestionnaires seront alors tentés de reporter la décision de désamianter dans l'attente d'une remontée des prix.
Le secteur public se comporte-t-il mieux ? Même si des plans existent, beaucoup sont réajustés à la baisse s'ils ne sont pas biaisés. Certains programmes trient entre les urgences alors que tout bâtiment douteux devrait être traité. Bien que la responsabilité de l'Etat soit engagée, l'attentisme domine sous fonds de manque d'argent. Faute de budgets, des drames se profilent. Alors que la plupart des hôpitaux construits dans les années soixante regorgent d’amiante, peu ont été traités. Au CHU de Caen, parmi le personnel hospitalier, des pathologies liées aux fibres ont été constatées. Dans l'urgence, la direction a acté un plan de 140 millions d'euros sur cinq ans. Cet immobilisme prend parfois des allures étonnantes comme en témoigne le cas de la maison des Sciences de l'homme à Paris. Considérablement exposés, ses occupants – des chercheurs sensibles au charme du quartier Latin - n’ont manifesté aucune hâte à la quitter. Après maintes tergiversations, l'autorité de tutelle a décidé de délocaliser l’établissement en banlieue. La palme de la mauvaise gestion revient au chantier de la faculté de Jussieu. Depuis 2002, les opérations sont menées chaotiquement. Les travaux ne sont toujours pas achevés. Même si beaucoup de bâtiments publics sont toujours encombrés de fibres mortelles, apparemment cela ne suffit pas pour suggérer une politique radicale. Pendant ce temps, la liste des victimes s’allonge.
La réduction de la facture de l’enlèvement de l’amiante passe par la mise en oeuvre de procédés moins coûteux, plus sûrs. Toutefois la configuration actuelle des acteurs du marché complique la tâche. D’un côté, un petit nombre de désamianteurs incapables de répondre à la demande, de l’autre, des lieux de stockage ou d’ inertage des déchets aux coûts rédhibitoires et, au milieu, l’inertie « contrainte » des pouvoirs publics. Pourtant des chercheurs ont élaboré d’autres solutions comme celles proposées par l’équipe animée par Daniel Joubert et Jacques Humbert. Alors que le bon sens suggérait l’idée de les accompagner, de multiples contraintes entravent leur initiative. Faute d’aider à des options alternatives, l’émergence d’une filière française de l’amiante restera un vœu pieu. Pourtant, l’enjeu en vaut doublement la peine : mettre un terme à un fléau toujours persistant et faire de la France, la tête de proue de la résorption de l’amiante en Europe.
Le Clemenceau, en sortir la tête haute ! Ou l’émergence d’une filière française en matière de traitement de l’amiante ? (par François de la Chevalerie)
(paru dans Usine Nouvelle, mai 2007)
Voici un an, le Clem s’offrait une dernière bataille. Conduite à l’abattoir, la ferraille se rebellait, bousculant au passage certitudes et équations. A l’étonnement général, l’ex-fleuron de la marine revenait à quai, comme à son départ, gorgé d’amiante ! Le retour du Clemenceau sonnait alors le glas de ce qui a pu apparaître comme une facilité, sortir du trouble la tête basse ! Pourtant la nocivité de l’amiante était déjà connue. Pourquoi les murs imbibés d’université ou d’usine n’ont-ils pas suggéré plus tôt une prise de conscience ? Heureusement, le destin n’est pas toujours écrit. Ce qui a été perçu comme un fiasco peut se convertir en leçon. Naguère pilier du savoir faire français, le Clemenceau peut le redevenir en la forme d’un chantier pilote porté par véritable politique industrielle et environnementale en matière de traitement de l’amiante.
Aujourd’hui, le navire vogue dans les plis d’un appel d’offres*. Chacun a remis sa copie. Une solution s’imposera. Encore faut-il que toutes les pistes aient été envisagées. Certains proposent des méthodes reposant sur de hautes températures. D’autres retiennent la sécurisation d’un parcours, depuis l’extraction, la manipulation et l’inertage jusqu’à l’élimination sous la forme de déchet. L’imagination ne manque pas. Certaines solutions de traitement à froid, « en place », viennent d’éclore, qui améliorent de façon significative, et dans des conditions économiques très favorables, la sécurité des personnes ; il serait dommage de ne pas les intégrer dans la démarche en cours. Toutes les options ont leur argument, mais mieux vaudrait ne pas s’enfermer dans ses certitudes. Mieux vaudrait retenir une approche globale qui puisse être opposable à toutes les situations ! Mieux vaudrait dessiner ensemble les contours d’une expertise française exemplaire et exportable! A la clef : le traitement d’innombrables cloisons et faux plafonds toujours contaminés, 600 coques de navire, le matériel roulant des transports ferroviaires, d’autres secteurs encore... A l’honneur : la protection accrue des techniciens et des ouvriers du métier, notamment, ceux de la baie d’Alang qui continuent d’œuvrer, la mort chevillée au corps. Depuis 1957, le Clem a fait 48 fois le tour du globe, la ronde peut se poursuivre mais, cette fois, retournons en Inde, la tête haute !